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Il en a fallu à Tristan du courage, de la conviction, de la détermination, en un mot de la foi en soi, pour se lancer dans son entreprise.
Après un apprentissage chez le confiseur rollois Boccard et avoir travaillé auprès des plus grands: Röhr, chocolatier à Genève, et
l'emblématique restaurateur "Freddy Girardet à Crissier, au contact desquels ses compétences se sont enrichies, il éprouva ce besoin irrépressible de se mettre à son compte.
Sa forte personnalité, sa créativité et soif d'innover, s'accommodaient mal de l'ombre bien involontaire que pourraient lui porter ses maîtres,
entrevues comme un obstacle au déploiement de ses propres talents et au libre cours de son imagination.
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Il y a eu cette opportunité de trouver un "gîte". Il s'est agi du fonds d'une ancienne petite épicerie, commerce de proximité, bien
appréciée autrefois des villageois, qui a dépéri et fini par mourir en 1971 avec le développement des grandes surfaces, sous l'indifférence et l'ingratitude de tous.
Tristan et Yvette qui habitent le village de Bougy-Villars avaient déjà repéré la devanture de cette petite boutique, qui se tenait là, sur la
rue principale, juchée sur son perron, un peu en retrait, comme honteuse de ne servir à plus rien.
Et il s'est établi une sorte de courant de sympathie entre elle et eux, celle-ci semblant les implorer pour la faire revivre.
Ainsi ont-ils pris la décision d'y ouvrir leur commerce, en dépit de l'éloignement des grands centres, lequel aurait a priori pu être ressenti
comme un préjudice, mais plus sensibles au charme du lieu qu'à des préoccupations marchandes.
Toute la famille Carbonatto, père, mère, soeurs, conjoints et amis se sont mis à la tâche pour réhabiliter l'endroit qui était à l'abandon. Car
les moyens au début étaient modestes. Il a fallu emprunter. Et pour éviter un trop grand endettement, chacun y est allé de ses compétences manuelles pour diminuer les coûts. Aussi travaux de lessivage, de peinture,
de maçonnerie, de menuiserie ont-ils été entrepris par tous, dans une bonne humeur communicative, tandis qu'on a recouru à du matériel d'emprunt pour l'aménagement intérieur: une bibliothèque de famille s'est, par
exemple, vue transformée en présentoir, une table de cuisine cédée par une voisine, en une table de conditionnement et d'emballage. Et la belle enseigne de fer forgé qui surplombe l'échoppe a été dessinée et peinte
par la mère de Tristan, Chantal, qui a fait les beaux-arts.
Et ce n'est pas sans émotion qu'un jour de septembre 1998 s'est ouverte aux gourmets la porte de l'échoppe de Tristan, artisan chocolatier. Avec
le succès qu'on lui connaît désormais.
La population de Bougy-Villars a réservé un accueil chaleureux à l'ouverture de ce petit commerce florissant, - petit par sa dimension, mais
grand par son rayonnement -, qui attire tant de monde, animant ainsi, pour la joie de tous, le village.
Elle est heureuse d'y voir revivre une activité, dont on aurait pu penser qu'elle n'avait plus sa place dans une petite collectivité. Elle se
sent complice de sa réussite. N'est-ce pas une manière pour elle de se consoler de la mort de la petite mercerie, bien vivante toutefois dans le souvenir, et sur les cendres de laquelle, à la façon d'une
métamorphose, a pu naître la chocolaterie de Tristan?
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